• Littérature

    1 - Conte :

    "La Città di Smeraldo" ("La ville d'Emeraude")




     

    2 - Arthur Rimbaud :

    Des poèmes sont utilisés dans le "Concept Book" de "The Most Beautiful Moment in Life"

     

    BTS et les Arts : Arthur Rimbaud

    Arthur Rimbaud nait le 20 octobre 1854 à Charleville dans une famille bourgeoise, traditionnelle et conservatrice. Il est le deuxième de cinq enfants. Son père est militaire et sa mère est fille de propriétaires ruraux. Son père quitte la famille en 1861. Sa mère, figure rigide, très dévote et peu affectueuse élève seule, selon des principes éducatifs très stricts, Arthur et ses autres enfants.

    Le jeune Arthur est un élève modèle durant ses années d’école. Il obtient plusieurs prix d’excellence en littérature. En 1870, il fait une rencontre capitale dans sa vie future de poète. Cette année là, Georges Inzambrard est nommé professeur de rhétorique au Collège de Charleville. C’est grâce à l’influence libératrice de ce jeune professeur que Rimbaud découvre les parnassiens (Leconte de Lisle, Banville, Verlaine) et commence à écrire des vers en français.

    En août 1870, la France entre en guerre contre la Prusse et Arthur fait ses premières fugues à Paris. Il est attiré par l’esprit révolutionnaire qui empreigne la capitale. A Paris, ayant quitté ses études, il fréquente le café Dutherme où il connait l’homme qui le recommande à Paul Verlaine. Verlaine reçoit avec enthousiasme ses poèmes et il devient son ami. Rimbaud s’installe alors dans le cercle familial de Verlaine. A partir de 1871, la relation entre les deux poètes devient de plus en plus intime. Verlaine abandonne femme et enfants et ils commencent ensemble une vie d’errance et de bohème entre drogue et alcool. Pendant cette période, il écrit « Les Illuminations » et « Une saison enfer ». Leur relation tumultueuse a une issue tragique. Le 10 juillet 1873 Verlaine achète un pistolet et tire sur Rimbaud, le blessant au poignet. Verlaine est emprisonné et leur histoire se termine.

    Rimbaud décide par la suite d’abandonner la poésie. Il commence à voyager d’abord en Europe en vivant de petits boulots, puis, insatisfait de cette vie, il va en Afrique où il gagne sa vie en faisant du commerce. En mai 1891 son retour en France est précipité par une synovite au genou qui obligera les médecins à lui amputer la jambe droite. Il meurt à Marseille le 10 novembre 1891 à l’âge de 37 ans.

    Son œuvre poétique est profondément marquée par sa vie surprenante et pleine d’aventures. Ses vers découlent de son expérience de vie. Ils sont imprégnés d’idées anti-bourgeoises et libertaires.

     

    Poèmes que l'on retrouve dans le "Concept Book" avec, en gras, les bouts utilisés :

    Le dormeur du Val

    C’est un trou de verdure où chante une rivière,
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

     

    Chanson de la plus haute tour

    Oisive jeunesse
    A tout asservie,
    Par délicatesse
    J’ai perdu ma vie.
    Ah ! Que le temps vienne
    Où les coeurs s’éprennent.

    Je me suis dit : laisse,
    Et qu’on ne te voie :
    Et sans la promesse
    De plus hautes joies.
    Que rien ne t’arrête,
    Auguste retraite.

    J’ai tant fait patience
    Qu’à jamais j’oublie ;
    Craintes et souffrances
    Aux cieux sont parties.
    Et la soif malsaine
    Obscurcit mes veines.

    Ainsi la prairie
    A l’oubli livrée,
    Grandie, et fleurie
    D’encens et d’ivraies
    Au bourdon farouche
    De cent sales mouches.

    Ah ! Mille veuvages
    De la si pauvre âme
    Qui n’a que l’image
    De la Notre-Dame !
    Est-ce que l’on prie
    La Vierge Marie ?

    Oisive jeunesse
    A tout asservie,
    Par délicatesse
    J’ai perdu ma vie.
    Ah ! Que le temps vienne
    Où les coeurs s’éprennent !

     

    Roman

    I

    On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
    - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
    Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
    - On va sous les tilleuls verts de la promenade.

    Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
    L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
    Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
    A des parfums de vigne et des parfums de bière...

    II

    - Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
    D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
    Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
    Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

    Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
    La sève est du champagne et vous monte à la tête...
    On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
    Qui palpite là, comme une petite bête...

    III

    Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
    - Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
    Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
    Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

    Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
    Tout en faisant trotter ses petites bottines,
    Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
    - Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

    IV

    Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
    Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
    Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
    - Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

    - Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,
    Vous demandez des bocks ou de la limonade...
    - On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
    Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

     

    Première soirée

    Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets
    Aux vitres jetaient leur feuillée
    Malinement, tout près, tout près.

    Assise sur ma grande chaise,
    Mi-nue, elle joignait les mains.
    Sur le plancher frissonnaient d’aise
    Ses petits pieds si fins, si fins.

    – Je regardai, couleur de cire
    Un petit rayon buissonnier
    Papillonner dans son sourire
    Et sur son sein, – mouche ou rosier.

    – Je baisai ses fines chevilles.
    Elle eut un doux rire brutal
    Qui s’égrenait en claires trilles,
    Un joli rire de cristal.

    Les petits pieds sous la chemise
    Se sauvèrent : « Veux-tu en finir ! »
    – La première audace permise,
    Le rire feignait de punir !

    – Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
    Je baisai doucement ses yeux :
    – Elle jeta sa tête mièvre
    En arrière : « Oh ! c’est encor mieux !

    Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
    – Je lui jetai le reste au sein
    Dans un baiser, qui la fit rire
    D’un bon rire qui voulait bien…

    – Elle était fort déshabillée
    Et de grands arbres indiscrets
    Aux vitres jetaient leur feuillée
    Malinement, tout près, tout près.

     

    Le bateau ivre

    Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J’étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
    Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
    Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

    Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
    L’eau verte pénétra ma coque de sapin
    Et des taches de vins bleus et des vomissures
    Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
    Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

    J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
    Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
    Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
    Et les lointains vers les gouffres cataractant !

    Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
    Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
    – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
    Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
    Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
    Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
    N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

    Libre, fumant, monté de brumes violettes,
    Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
    Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
    Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

    Qui courais, taché de lunules électriques,
    Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
    Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
    Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

    Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
    Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
    Fileur éternel des immobilités bleues,
    Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

    J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
    – Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
    Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

    Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :
    L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
    Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

    Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
    Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
    Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
    Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

     

    Ô saisons, ô châteaux

    Ô saisons, ô châteaux,
    Quelle âme est sans défauts ?
     
    Ô saisons, ô châteaux,
     
    J'ai fait la magique étude
    Du Bonheur, que nul n'élude.
     
    Ô vive lui, chaque fois
    Que chante son coq gaulois.
     
    Mais ! je n'aurai plus d'envie,
    Il s'est chargé de ma vie.
     
    Ce Charme ! il prit âme et corps,
    Et dispersa tous efforts.
     
    Que comprendre à ma parole ?
    Il fait qu'elle fuie et vole !
     
    Ô saisons, ô châteaux !
     
    [ Et, si le malheur m'entraîne,
    Sa disgrâce m'est certaine.

    Il faut que son dédain, las !
    Me livre au plus prompt trépas !

    - Ô Saisons, ô Châteaux !
    Quelle âme est sans défauts ? 

     

    L'Eternité

    Elle est retrouvée.
    Quoi ? – L’Eternité.
    C’est la mer allée
    Avec le soleil.

    Ame sentinelle,
    Murmurons l’aveu
    De la nuit si nulle
    Et du jour en feu.

    Des humains suffrages,
    Des communs élans
    Là tu te dégages
    Et voles selon.

    Puisque de vous seules,
    Braises de satin,
    Le Devoir s’exhale
    Sans qu’on dise : enfin.

    Là pas d’espérance,
    Nul orietur.
    Science avec patience,
    Le supplice est sûr.

    Elle est retrouvée.
    Quoi ? – L’Eternité.
    C’est la mer allée
    Avec le soleil.

     

     

    Pourquoi Rimbaud ?

     Je pense qu'ils ont choisi Rimbaud car c'est un poète "adolescent". Comme on le lit dans la biographie, il a soudain cessé d'écrire à vingt ans. Les poèmes dont les extraits sont tirés sont des poèmes écris lorsqu'il avait entre 16 et 18 ans. Par conséquent, l'âge moyen des membres du groupe au moment de la sortie de cette album. Ils reflètent les pensées adolescentes, "le plus beau moment de la vie"... en toute ironie XD.




     

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